Réforme des retraites : mobilisons nous

Date décembre 3, 2019

Le climat social de notre pays s’apprête dans les jours à venir à être de nouveau très chahuté, et pour cause, puisque le gouvernement souhaite réformer un des piliers de notre contrat social, le système des retraites. Ce n’est pas la première fois que les pouvoirs successifs se saisissent de ce sujet, mais cette fois-ci, l’ampleur des modifications proposées est inédite. Et l’inquiétude individuelle et collective est légitime. Elle  règne d’ailleurs aussi du côté des gouvernants, dont la détermination est sans aucun doute altérée par la dégradation globale et incessante de la situation sociale depuis plus d’un an, effet gilets jaunes oblige. Mais détermination, il y a encore, et les agents publics, qui ont pu constater la brutalité avec laquelle ils ont été traités avec l’adoption de la loi de réforme de la Fonction publique en aout 2019 (absence de concertation globale avec les syndicats et de-tricotage des statuts pour installer les bases d’une future administration néo-libérale), ont matière à suivre de près ce qui va leur être proposé au final par le gouvernement, ce qui conditionnera leur pouvoir d’achat de retraités.

 Certains syndicats s’opposent d’office à toute réforme du système des retraites et appellent à la grève reconductible, d’autres souhaitent développer un partenariat avec le gouvernement pour définir les nouveaux contours de ce volet du contrat social. Pour ce qui est de la CFE CGC, la position est médiane : notre syndicat ne s’oppose pas au principe d’une réforme : la situation stagnante de notre économie depuis trois décennies, l’évolution démographique marquée par le vieillissement de la population et l’allongement continu (bien qu’en ralentissement) de la durée de la vie mettent en danger à moyen et long terme le financement de notre système actuel de répartition. Nier cela reviendrait à la même chose que nier le réchauffement climatique, et ne pas agir et préparer des réformes rendront plus douloureuses celles à venir, pour les générations futures. Des efforts devront être fournis, et in fine, nous pressentons tous que dans le système tel qu’il perdure, il va bien falloir travailler plus longtemps pour une pension qui va s’amoindrir. La mise en place d’un système universel basé sur une retraite à point proposé par le gouvernement ne semble pas une mauvaise idée, et peut donner l’illusion d’une recherche d’équité. Mais le diable se cache dans les détails, et le flou est volontairement organisé autour de ces détails. Le gouvernement se donne sans aucun doute une marge de négociation en fonction de la dureté du conflit à venir, il est possible que certains soient plus ou moins épargnés et que la majorité paient un peu plus. Pour ce qui est de la population des agents publics, assez souvent considérés comme des privilégiés, nous ne serons pas épargnés. Et c’est ce combat que la CFE CGC Finances doit mener, pour sauvegarder une justice dans la réforme, en se mobilisant et s’opposant aux éléments les plus iniques.

 Les principales décisions sont déjà prises et encrées : en particulier, le calcul de la pension pour les fonctionnaires sur la base de toute la carrière, et non plus des six derniers mois. Il en sera de même pour les agents non-titulaires. Cette règle a une logique sur le fond, mais sa mise en œuvre est encore nébuleuse. Quelle sera exactement le montant d’une pension « avant» et « après » pour un agent dans une situation donnée ? Aurons nous les moyens de comparer et contrôler individuellement ou collectivement le résultat des calculs, en fonction de nos ministères, corps, grades, durées de carrière, niveau de primes ? Il s’agit là d’un point essentiel requis par notre organisation syndicale pour approuver ce fondement de la réforme. Un point connexe tout aussi important consiste à étaler la mise en œuvre de la réforme de la manière la plus juste possible pour les cotisants : nous considérons effectivement que la réforme envisagée pour le calcul de la pension est une modification très substantielle du contrat de travail passé par le fonctionnaire  et que les droits acquis doivent être sauvegardés au mieux, c’est ici l’aménagement de la fameuse « clause du grand père », qu’il ne peut être question d’appliquer strictement, ce qui serait faire exclusivement porter la réforme par les jeunes générations.

 D’autres points méritent d’être particulièrement contestés : concernant les femmes, le retrait attendu des trimestres de majoration pour enfant est scandaleux. Même si la situation s’améliore, chacun sait que la carrière des femmes a très souvent été handicapée par la maternité. La diminution du niveau des pensions de réversion relève de la même logique. La fixation d’un âge légal de départ à la retraite, et d’un âge pivot pour toucher une pension à taux plein très supérieur, avec l’allongement des durées de cotisation, est un leurre pour masquer une baisse massive des niveaux de retraites. Nous savons bien que dorénavant, un jeune quinquagénaire est un sénior de plus en plus inemployable dans le monde du travail, paradoxe de notre société. Il est nécessaire de se battre sur les taux de décote. Par ailleurs, les réserves constituées par les régimes de retraite complémentaire seront mutualisées et récupérées par l’Etat, comme mentionné dans le rapport Delevoye sous le vocable élégant d’ « intégration financière ». Enfin, telle qu’elle est présentée, et au vu des mesures déjà prises par ce gouvernement, on peut légitimement s’interroger sur la finalité de cette réforme : s’agit-il d’une réelle volonté d’amélioration et d’équité pour les concitoyens ou est-elle soutenue principalement au nom du seul dogme de l’équilibre financier ?

 

La CFE CGC Centrale finances appelle donc à la vigilance et à la mobilisation dans le cadre du conflit qui se prépare. Nous prendrons acte des réponses et des précisions apportées par le gouvernement et nous positionnerons en fonction de celles-ci, de manière plus radicale si cela est nécessaire. Notre syndicat sera représenté dans les manifestations organisées le 5 décembre.

 

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