réforme des retraites : c’est de la Commedia dell’arte !

Date janvier 13, 2020

Nous assistons à une magnifique représentation de la Commedia dell’arte ! ou peut-être malheureusement à un mauvais vaudeville aux rebondissements trop prévisibles… reprenons la chronologie du conflit social en cours :

Premier acte : début décembre, le gouvernement abandonne rapidement le calendrier de mise en œuvre du projet de réforme, en instituant une clause du grand père aménagée, première cartouche tirée pour calmer les partenaires sociaux et les citoyens, plusieurs millions de futurs retraités se trouvant du coup exonérés de la réforme. Cela ne suffit pas à désamorcer la contestation, comme l’on pouvait s’y attendre.

Deuxième acte : le gouvernement fixe au 7 janvier la reprise des négociations, laissant les partenaires sociaux face à leur responsabilité pour la gestion de la trêve de Noël. Les grèves ne s’arrêtent pas. C’est une aubaine pour le gouvernement de fâcher les citoyens qui vont s’épuiser dans des transports qui fonctionnent mal, sans qu’il ait la moindre nouvelle concession à faire.

Troisième acte : le 11 janvier, le premier ministre abandonne (soit disant, nous allons y revenir) la notion « d’âge pivot », renommé ici « âge d’équilibre ». Les masques tombent immédiatement, le front syndical est fracturé. Quelle aubaine pour le Premier ministre, qui se fait passer pour un sauveur du dialogue social, comme il l’écrit dans sa note aux présidents des confédérations syndicales représentatives du 11 janvier ( lire ).

Attardons nous dorénavant à l’analyse de cette note :

Dans son point 7, le Premier ministre s’engage « […] à retirer du projet de loi la mesure de court terme […] consistant à converger progressivement à partir de 2022 vers un âge d’équilibre de 64 ans en 2027. […]« . Celui-ci évoque une « mesure à court terme », ce qui veut bien dire provisoire !

Ceci est bien confirmé par le point 4, où il est écrit : »c’est aussi la raison pour laquelle le projet de loi prévoira que le futur système universel comporte un âge d’équilibre« , renforcé par la suite du point 7 : « Le gouvernement modifiera le projet de loi pour demander au Parlement une habilitation large lui permettant de prendre par ordonnance toute mesure permettant d’assurer l’équilibre du système de retraite à l’horizon 2027. »

Autrement dit, l’âge d’équilibre sera bien institué à terme, et le gouvernement se donnera les moyens de faire ce qu’il veut au nom de l’équilibre budgétaire. Quel grossier jeu de dupe !

Dans ce nouveau contexte, quelle est la position de votre syndicat, qui défend des agents publics, cadres et des encadrants, fonctionnaires et contractuels ?

Concernant l’âge d’équilibre : il ne s’agit pas pour nous du point le plus bloquant : la notion d’âge d’équilibre, induisant l’attribution d’une surcote si celui-ci est dépassé lors du départ à la retraite, peut même être un élément favorable pour les cadres. Ils sont en effet appelés à sortir de la vie active à un âge plus avancé que les autres salariés, du fait de leur entrée plus tardive dans cette même vie active, à cause de leurs études.

Mais concernant le montant de nos pensions ? : nous en sommes toujours au même point ! aucune idée du montant individuel de nos futures retraites dans le nouveau système ! Absence totale de simulations prenant en compte le changement d’assiette du calcul (toute la carrière, traitement et primes comprises versus les 6 derniers mois de traitement) !

Bref, le gouvernement, au nom d’un compromis qui est un leurre, se donne le beau rôle et demande un blanc seing aux partenaires sociaux, en ayant pris soin de bien fragmenter le front syndical, avec l’appui d’un syndicat réformiste majeur qui semble avoir fait le choix de la co-gestion.

Le gouvernement rappelle trop dans sa communication son désir d’équilibre financier du futur régime universel pour ne pas comprendre en filigrane que cette réforme est de nature quasi exclusivement budgétaire. Le gouvernement va de plus se donner les mains libres pour légiférer par ordonnances et décrets, afin de modifier facilement les paramètres initiaux, au nom de cet équilibre budgétaire. Il n’est pas nécessaire d’être devin pour comprendre quelles en seront les conséquences sur le niveau des retraites à terme…

Au nom de l’absence totale de visibilité – parfaitement organisée – concernant les conséquences financières de cette réforme pour les catégories d’agents qu’il défend, votre syndicat reste associé à la mobilisation intersyndicale, en demandant l’abandon du projet et la mise en œuvre d’une nouvelle concertation globale. Il participera aux futurs mouvements de manifestation prévus cette semaine.


L’ensemble des syndicats CFE-CGC du MEF accompagnés de la fédération CFE-CGC services publics devant Bercy le 15 janvier 2020, et la manifestation intersyndicale du 16 janvier 2020 à laquelle participait votre syndicat

   

Comments are closed.